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Comment vectoriser un logo, et quand le redessiner

Votre imprimeur réclame le logo « en vectoriel » et vous n'avez qu'un PNG récupéré sur l'ancien site. La méthode tient en quelques étapes dans Illustrator, les outils gratuits font parfois l'affaire, et il arrive que la bonne réponse soit de redessiner. Un logo flou à l'écran devient franchement baveux sur une enseigne de deux mètres.

Publié le 29 octobre 202612 min de lecturePar Gaëtan Gérard

Vectoriser un logo, c’est transformer une image faite de pixels en un dessin fait de tracés, que l’on peut agrandir sans perte. Dans Illustrator, la commande s’appelle Vectorisation de l’image : elle donne un résultat correct sur un logo simple, en une ou deux couleurs, à partir d’un fichier net. Dès que le logo contient du texte, des courbes fines ou une source floue, il faut reprendre les tracés à la main, et parfois redessiner le signe entier.

Fichier vectoriel ou image : la différence

Une image matricielle, un JPEG ou un PNG, est une grille de petits carrés de couleur. Elle a une taille fixe : agrandie, chaque carré grossit et les bords d’une lettre deviennent un escalier. Un fichier vectoriel décrit le dessin par des points reliés entre eux et des courbes calculées. L’ordinateur le redessine à chaque affichage, à la taille demandée, avec la même netteté sur un tampon de deux centimètres et sur une bâche de quatre mètres.

Le PNG agrandi
des carrés, et un bord en escalier

Le vectoriel agrandi
quatre points, et des courbes nettes

La même forme, une portion de lettre ronde, agrandie dans les deux formats. À gauche, l'image en pixels : chaque carré de la grille est un pixel, et le pointillé montre le contour qu'elle était censée suivre. À droite, le tracé vectoriel : quatre points d'ancrage (les carrés) et leurs poignées (les traits terminés par un rond), qui suffisent à décrire la courbe à n'importe quelle taille.

Ce qu’est un fichier vectoriel : SVG, PDF, EPS, AI

Format Vectoriel ? À quoi il sert
SVG oui le format ouvert du web, lu par les navigateurs et la plupart des logiciels de dessin
AI oui le fichier de travail d’Illustrator, celui qu’on garde pour modifier le logo
EPS oui, le plus souvent un ancien format d’échange, encore demandé par des enseignistes et des brodeurs
PDF seulement si son contenu l’est le format que réclament la plupart des imprimeurs
PNG non une image en pixels, avec un fond transparent possible
JPEG non une image en pixels, compressée, sans transparence

Le SVG est décrit par le MDN, la documentation web de Mozilla : un format texte, que l’on peut même ouvrir dans un éditeur pour lire les coordonnées des points. Le piège est ailleurs. Un PDF ou un EPS peut très bien contenir une simple image en pixels, collée dans une enveloppe vectorielle. Renommer un fichier, ou l’exporter en PDF depuis un logiciel de bureautique, ne le vectorise pas. Pour vérifier, ouvrez-le dans un logiciel de dessin et sélectionnez le logo : si des points apparaissent sur les contours, il est vectoriel ; si un seul cadre entoure le tout, c’est une image.

Pourquoi un JPEG ou un PNG ne suffit pas

Un PNG de 500 pixels de large, imprimé à 300 points par pouce, mesure à peine plus de quatre centimètres. C’est assez pour une carte de visite, à condition qu’il soit net. Au-delà, l’imprimeur doit l’agrandir et les contours se brouillent. Le JPEG ajoute un défaut : sa compression laisse des taches grises autour des lettres, invisibles à l’écran et nettes une fois imprimées sur un fond uni.

Qui vous demandera un logo vectoriel

L’imprimeur, d’abord, pour tout ce qui dépasse le format d’une carte. L’enseigniste, qui découpe les lettres d’une enseigne ou d’un adhésif de vitrine dans la matière : sa machine suit les tracés, elle ne sait rien faire d’une grille de pixels. Le brodeur et le sérigraphe, qui séparent chaque couleur du logo pour fabriquer un écran ou un programme de broderie. Le graveur, pour un tampon ou une plaque. Et le développeur de votre site, qui préfère un SVG léger et net sur tous les écrans à un PNG lourd.

Un carton brun fermé par une bande adhésive rouge sur laquelle le logotype Dernier feu est imprimé en noir, répété sur toute la longueur.
Le logotype de Dernier Feu, que j'ai dessiné dans un projet d'école mené en trio, imprimé sur la bande adhésive d'expédition. Voir le projet

Un logo finit souvent sur des supports que personne n’avait prévus au départ. Celui de Dernier Feu a été dessiné en vectoriel dès le premier trait, et c’est ce fichier qui permet de le poser aussi bien sur l’étiquette d’une conserve que sur un rouleau d’adhésif. Pour la carte, les réglages propres à une petite surface sont détaillés dans l’article sur le format de carte de visite.

Vectoriser un logo dans Illustrator, pas à pas

La vectorisation de l’image et ses réglages

  1. Partez de la meilleure source possible. Le fichier le plus grand et le plus net que vous ayez, idéalement l’original fourni par le graphiste. Une capture d’écran ou une image tirée d’un réseau social donnera un tracé approximatif.
  2. Placez l’image dans un document vide (Fichier, puis Importer), et sélectionnez-la.
  3. Ouvrez le panneau Fenêtre, puis Vectorisation de l’image. Choisissez un paramètre prédéfini proche de votre logo : noir et blanc pour un logo d’une seule couleur, un petit nombre de couleurs pour un logo en deux ou trois teintes.
  4. Réglez trois curseurs. Le seuil décide de ce qui devient noir ou blanc ; les tracés règlent la fidélité au contour ; le bruit supprime les petites taches. Cochez l’option qui ignore le blanc, sinon le fond deviendra une forme à part.
  5. Décomposez le résultat (Objet, puis Vectorisation de l’image, puis Décomposer) pour obtenir de vrais tracés modifiables.
  6. Vérifiez en mode tracé (Affichage, puis Tracés) : vous voyez le squelette du logo, sans couleur, et chaque défaut apparaît.

Les noms des menus suivent la version française d’Illustrator ; ils changent un peu d’une version à l’autre.

Reprendre les tracés à la main

La vectorisation automatique suit les pixels. Elle ne sait pas qu’un cercle doit être rond, qu’une barre doit être droite, ni que deux lettres identiques doivent avoir le même dessin. Le résultat compte trop de points, des courbes qui ondulent, des angles émoussés. Sur un pictogramme simple, quelques retouches suffisent. Sur un logotype, il faut reprendre les lettres une à une : supprimer les points inutiles avec l’outil Plume, redresser les droites, remplacer les arrondis approximatifs par de vrais cercles. Si le logo utilise une police connue, on la retrouve et on recompose le texte plutôt que de le tracer.

La lettre D du logo Dernier feu en noir, tracée sur une grille en pointillés gris et rouges, avec quatre petits D rouges qui marquent ses zones de protection.
Le D de Dernier Feu, bâti en formes géométriques simples sur une grille : un tracé qui se mesure, plutôt qu'un contour suivi à l'œil. Voir le projet

C’est là que la différence se voit entre un logo vectorisé et un logo construit. Le D de Dernier Feu est posé sur une grille dont chaque carré vaut l’écart entre deux rainures d’une boîte de conserve : ses proportions se vérifient à la règle. Aucune vectorisation automatique ne retrouve ce genre de géométrie dans un PNG ; seul le redessin la reconstruit.

Photoshop, Canva, convertisseurs en ligne : ce qu’ils valent

Photoshop travaille en pixels. Il sait transformer une sélection en tracé, ce qui dépanne pour une silhouette très simple. Pour un logotype, le résultat est rarement exploitable par un imprimeur.

Canva exporte en SVG ou en PDF, mais si votre logo y a été importé sous forme d’image, il reste une image dans le fichier exporté. L’export change l’enveloppe, pas le contenu.

Inkscape, gratuit, propose une vectorisation comparable à celle d’Illustrator (menu Chemin, puis Vectoriser un objet matriciel), avec les mêmes limites et le même besoin de reprise manuelle.

Les convertisseurs en ligne et les outils d’IA font une vectorisation automatique, parfois très propre sur un logo plat et contrasté. Ils restent aveugles à l’intention du dessin : ils copient les défauts de la source, inventent des courbes là où le PNG était flou, et livrent souvent un fichier lourd de points. Avant de l’envoyer à l’imprimeur, ouvrez le résultat en mode tracé et comparez-le à l’original en grand.

Faire vectoriser son logo : ce que ça demande

Confier la vectorisation à un graphiste a du sens dès que le logo contient du texte, des formes géométriques, ou qu’il doit être découpé, brodé ou gravé. Pour chiffrer, il a besoin de trois choses : le meilleur fichier dont vous disposez, les supports prévus, et la liste des versions attendues (couleur, noir seul, blanc sur fond sombre). Le temps dépend moins de la taille du logo que de sa complexité et de la qualité de la source.

Je fais ce travail sur devis, dans le cadre de la création de logo : le logo est redessiné en vectoriel, vérifié sur ses supports, et remis dans les formats dont vous aurez besoin, avec les fichiers sources. Ce qu’un prix de graphiste recouvre en général est détaillé dans l’article sur le tarif d’un graphiste freelance.

Vectoriser ou refaire : quand le logo a vieilli

Il arrive que le problème ne soit pas le fichier. En retraçant un logo, on découvre qu’il ne tient pas en petit, qu’il dépend d’un dégradé impossible à broder, qu’il a été composé dans une police de traitement de texte. Le vectoriser fidèlement, c’est reproduire ces défauts en haute définition. Dans ce cas, je vous le dis, et la question devient celle d’une évolution du logo : garder ce que vos clients reconnaissent, corriger ce qui ne fonctionne plus. Les écarts de budget entre un logo seul et une identité complète sont présentés dans l’article sur le prix d’une identité visuelle.

Vectoriser un logo, c'est en faire une copie fidèle. Si l'original a un défaut, la copie le garde, en plus net.

En résumé

  • Un logo vectoriel est décrit par des tracés et s’agrandit sans perte ; un PNG ou un JPEG est une grille de pixels de taille fixe.
  • SVG, AI et la plupart des EPS sont vectoriels ; un PDF ne l’est que si son contenu l’est.
  • Dans Illustrator : importer la meilleure source, Vectorisation de l’image, régler seuil, tracés et bruit, décomposer, puis vérifier en mode tracé.
  • La vectorisation automatique convient à un logo simple ; un logotype se reprend à la main.
  • Canva et Photoshop ne vectorisent pas vraiment ; les convertisseurs en ligne se vérifient avant tout envoi.
  • Si le dessin lui-même a vieilli, la vectorisation en garde les défauts : c’est le moment de le redessiner.
Gaëtan Gérard
Directeur artistique indépendant, Angers
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